TGBT : conception et dimensionnement

Conception, dimensionnement et points de vigilance

Le Tableau Général Basse Tension (TGBT) est le nœud central d’une installation électrique BT. C’est à ce niveau que convergent la source principale, les sources de secours, les mesures générales et l’ensemble des départs vers la distribution aval.

Un TGBT mal conçu ne se corrige pas facilement. Il conditionne la sélectivité, la continuité de service et l’évolutivité du site sur toute sa durée de vie. Sa conception doit être stratégique autant que normative.

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1. Positionnement du TGBT dans l’architecture

Le TGBT se situe immédiatement en aval du transformateur HTA/BT ou du point de livraison en tarif BT. Il matérialise physiquement la stratégie électrique du site : alimentation radiale simple, double dérivation avec couplage, alimentation secourue par groupe électrogène ou ASI.

Ce choix d’architecture se décide en phase APD. Revenir dessus en phase PRO impose généralement de revoir l’ensemble du tableau, parfois le local qui le contient.


2. TGBT : Dimensionnement électrique

Courant nominal du jeu de barres

Le courant en tête du TGBT se calcule à partir de la puissance apparente du ou des transformateurs :

I = S / (√3 × U)

avec S en VA et U en volts (tension composée, soit 400 V en réseau BT européen standard).

Ce courant de référence se corrige ensuite par :

  • Un coefficient de simultanéité appliqué à l’ensemble des départs. Il n’a pas de valeur universelle : il dépend du process, de l’usage du bâtiment et des données du bilan de puissance.
  • Une marge d’extension de 20 à 30 % minimum sur le courant assigné du jeu de barres et sur le nombre de départs disponibles. Un TGBT dimensionné au plus juste devient limitant dès la première phase de travaux.
  • Un coefficient de correction thermique si la température ambiante du local dépasse 35°C. Les constructeurs de tableaux fournissent des courbes de déclassement : elles doivent être intégrées au dimensionnement, pas ignorées.

Tenue au court-circuit

Le TGBT doit supporter le courant de court-circuit maximal calculé au secondaire du transformateur. Ce courant conditionne trois vérifications distinctes.

  • Pouvoir de coupure des disjoncteurs d’arrivée et de départ. Le courant de crête (Icc asymétrique) peut dépasser significativement la valeur efficace. Sur un transformateur 1600 kVA, l’Icc symétrique au secondaire dépasse couramment 25 kA. Le choix d’un disjoncteur à 25 kA de pouvoir de coupure ultime laisse peu de marge si l’impédance du réseau amont est faible.
  • Tenue électrodynamique des jeux de barres. Les efforts mécaniques lors d’un court-circuit sont proportionnels au carré du courant de crête. La vérification porte sur les supports de jeux de barres et les connexions, pas seulement sur la section du conducteur.
  • Tenue thermique. Un défaut non coupé rapidement échauffe les conducteurs au-delà de leur température admissible. L’énergie de passage (I²t) doit rester dans les limites admissibles pour le câblage interne du tableau.

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3. TGBT : Structure interne et formes de séparation (IEC 61439)

La norme IEC 61439 définit les formes de séparation interne des tableaux BT. Le choix de la forme conditionne directement la sécurité lors des interventions et la possibilité de maintenance sous tension partielle.

FormeSéparation jeux de barres / unités fonctionnellesSéparation entre unités fonctionnellesUsage typique
Forme 1AucuneAucuneTertiaire courant, accès restreint
Forme 2OuiNonTertiaire, industrie légère
Forme 3OuiOui (jdb séparé des UF)Industrie, environnements sensibles
Forme 4OuiOui (entre UF également)Hospitalier, data center, industrie critique

La forme 4 permet d’intervenir sur une unité fonctionnelle sans risque de contact avec les jeux de barres ni avec les unités adjacentes. Elle est systématiquement justifiée sur les sites à forte exigence de continuité de service.


4. Implantation physique et local TGBT

Le local TGBT est une contrainte de conception bâtiment autant qu’une contrainte électrique. Les erreurs d’implantation en phase GC sont les plus coûteuses à corriger.

Dégagements et accès

La NF C 15-100 impose des dégagements minimaux devant les tableaux électriques. En pratique, un TGBT de puissance importante nécessite des dégagements bien supérieurs au minimum réglementaire pour permettre les interventions avec équipements de protection, le remplacement d’un disjoncteur de fort calibre ou l’accès simultané de plusieurs intervenants.

Un local prévu trop juste en phase GC se retrouve systématiquement obstrué par des câbles, des chemins de câbles ajoutés en cours de chantier ou du matériel de maintenance posé au sol. Ce point doit être traité lors des réservations, pas lors de la réception.

Charge au plancher

Un TGBT de forte puissance peut représenter plusieurs centaines de kilogrammes, sans compter le poids des câbles en partie basse et les chemins de câbles en partie haute. La charge au plancher doit être communiquée au bureau d’études structure dès la phase APD. Un plancher non renforcé impose une modification structurelle coûteuse si le sujet est traité tardivement.

Thermique du local

Les pertes par effet Joule dans un TGBT de plusieurs milliers d’ampères sont significatives. Un tableau 4000 A avec des jeux de barres et une vingtaine de départs peut dissiper plusieurs kilowatts en fonctionnement normal.

Si le local n’est pas ventilé ou climatisé, la température ambiante peut dépasser les limites admissibles pour les appareils de protection. Les disjoncteurs se déclassent thermiquement au-delà de leur température de référence (généralement 35°C [À VÉRIFIER selon constructeur]). Le résultat est un déclenchement intempestif ou, pire, une absence de déclenchement sur surcharge légère.

La thermique du local TGBT doit être traitée en interface avec le lot CVC dès la phase APD.


5. Coordination avec les sources de secours

Dès qu’un groupe électrogène ou une ASI alimente tout ou partie du TGBT, la conception se complique sur plusieurs points.

  • Verrouillages mécaniques et électriques entre le disjoncteur réseau et le disjoncteur groupe. L’absence de verrouillage fiable expose au couplage accidentel entre deux sources, situation qui peut détruire le groupe électrogène et provoquer un défaut sur le jeu de barres.
  • Délestage automatique. Un groupe électrogène a une puissance limitée. Le plan de délestage doit être défini en conception et câblé dans la logique du tableau : quels départs restent alimentés, dans quel ordre, avec quelles temporisations.
  • Sélectivité en régime groupe. L’Icc fourni par un groupe électrogène est très inférieur à celui du réseau. La sélectivité vérifiée en régime réseau peut ne plus être assurée en régime groupe, faute d’Icc suffisant pour faire déclencher les protections aval dans les temps.

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6. Usages spécifiques et impacts sur la conception

Certains usages modifient les contraintes de conception du TGBT au-delà du simple dimensionnement en courant.

  • Variateurs de vitesse et charges non linéaires. Ils génèrent des harmoniques qui surchauffent les conducteurs neutres et faussent les mesures des protections à déclenchement thermique. Un taux de distorsion harmonique élevé impose des sections de neutre renforcées et des filtres en amont ou en aval des variateurs.
  • Alimentation SSI. Les circuits de sécurité incendie sont soumis à des règles de séparation strictes. Leur alimentation doit être clairement identifiée sur le TGBT et protégée contre tout déclenchement intempestif provoqué par les circuits adjacents.
  • Bornes de recharge VE. Elles représentent des appels de puissance simultanés difficiles à prévoir avec un coefficient de simultanéité classique. Un système de pilotage de charge (smart charging) réduit l’impact sur le bilan de puissance mais impose une interface avec la GTB ou un système dédié.
  • Production photovoltaïque en injection. Le raccordement d’une production décentralisée modifie les niveaux d’Icc et le sens des flux de puissance. Les protections doivent être vérifiées dans les deux sens de transit.

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7. Points critiques observés sur le terrain

  • Jeu de barres sous-dimensionné en courant nominal. Le calcul a été fait sur la puissance installée actuelle, sans marge d’extension. Trois ans plus tard, un départ supplémentaire impose une intervention lourde sur le tableau en service.
  • Icc mal évalué. L’impédance du transformateur a été prise à sa valeur nominale, sans tenir compte de la tolérance de fabrication (±7,5 % selon les normes [À VÉRIFIER]). En cas de couplage de deux transformateurs, l’Icc réel peut dépasser le pouvoir de coupure des disjoncteurs installés.
  • Couplage groupe électrogène mal coordonné. Le verrouillage mécanique est présent mais la logique de délestage n’a jamais été testée en conditions réelles. Le groupe déclenche sur surcharge à la première coupure réseau.
  • Local thermiquement non traité. L’interface avec le lot CVC n’a pas été faite en phase conception. Le local monte à 45°C en été, les disjoncteurs se déclassent et les déclenchements intempestifs commencent.
  • Sélectivité théorique non vérifiée en régime groupe. Voir section 5 ci-dessus.

Conclusion

Le TGBT n’est pas un équipement qu’on choisit sur catalogue en fin de phase PRO. C’est un ouvrage qui se conçoit dès l’APD, en tenant compte simultanément du dimensionnement électrique, de l’implantation physique dans le bâtiment, des interfaces avec les autres lots et des scénarios d’exploitation sur 20 à 30 ans.

Sa lisibilité, sa marge et la qualité de sa documentation sont les meilleurs indicateurs de la qualité de la conception.


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